Aux aguets, Franck ouvrit la porte.
– Elle arrive, murmura Franck.
Il était dix heures trente et depuis le départ de la chambre dix-neuf, il n’y avait pas eu de grands mouvements. Franck m’avait expliqué mon planning. Du samedi au lundi, j’étais de fermeture. Je bossais de 14h à 23h. Le mardi de 11h à 20h et le mercredi de 7h à 16h.
– J’avoue, honnêtement, ta meilleure journée sera le mercredi. Le matin, les clients sont en forme et ils ne lésinent pas sur le pourboire. Par contre, il faut être en taquet.
– Bien. Et donc mon week-end est le jeudi et vendredi ?
– Exactement ! ça te convient ?
J’avais haussé des épaules. J’étais payé, j’avais des pourboires et des occasions de baiser. Que demander de plus ?
– Oui, oui ! Je m’organiserai pour sortir ces soirs-là !
– Oui, n’oublie pas le « Hole magazine », hein !
J’avais étouffé un rire, m’imaginant présenter ce magazine à Agathe. Elle le connaissait, peut-être. Ensuite, nous avions discuté et il m’avait expliqué les autres tâches qui nous incombaient comme le balayage devant l’hôtel ou payer le parking des clients venus en voiture.
Puis, ce fut un peu long. La pression était retombée et je prenais mes marques.
Une porte de voiture claqua me sortant de ma rêverie. Le long de l’allée, une femme d’une cinquantaine d’années, tirée à quatre épingles, marchait d’un pas décidé.
– Bonjour Madame, dit Franck en s’inclinant légèrement quand elle passa devant lui.
Un effluve bestial me sauta aux narines bien avant de la voir.
– Bon…bonjour Madame, bégayais en faisant le même mouvement que mon collègue.
Piquée au vif, elle s’arrêta. Dans son tailleur taupe impeccable, elle tourna la tête dans ma direction. Ses yeux… Aussi impressionnants que ceux de Madame Fournier. La chaleur et la fantaisie en moins. Ils me détaillèrent de haut en bas puis, elle reprit sa marche sans un sourire ou un mot.
Et elle continua son chemin, en montant les petits escaliers pour mener à l’ascenseur. Elle tourna en épingle directement à droite et disparut.
– C’est la propriétaire, m’expliqua-t-il. Elise Fournier.
– Où est-elle partie ? m’étonnais-je.
– Il y a un « bureau », juste au-dessus de la réception, me montra-t-il du doigt.
Je levais les yeux et découvrit un haut mur. Je n’y avais pas prêté attention depuis mon arrivée. A bien y regarder, il y avait des moulures tout autour représentant des corps qui s’enlaçaient et se mélangeait.
– Ne fais pas attention à elle. Elle est un peu…
– Coincée ?
– Non, pas vraiment, rigola-t-il. Surtout dans cet hôtel. Malgré ses airs, c’est une grande nympho. Elle est connue dans le milieu pour organiser de grandes soirées orgiaques sur Paris.
– Ah… je n’aurai pas cru !
– Tiens, toi près, Rachel va arriver.
Trente secondes plus tard, la directrice passa à travers le hall et emprunta le même chemin que sa sœur.
– Réunion au sommet, dis donc. Il manque plus que José.
Subjugué, j’attendais le dernier larron de la foire. Il tarda. Deux minutes plus tard, il descendit l’escalier, l’air ronchon en se remettant son pantalon.
– Surement avec l’une des femmes de chambre, me murmura Franck.
Le frère prit le même chemin et tout redevint calme.
– Il manque plus que la dernière pièce du puzzle. Dans dix minutes faciles.
Je l’interrogeais du regard et mon confrère se retint de rire.
– Tu verras ! Ce sont des cinglés, la famille Fournier. Déjà, ils sont tous de mères différentes… ensuite…
Le téléphone de la réception sonna, coupant court à la discussion. Fidèle au poste, Franck écouta la conversation quand Françoise décrocha.
– Quoi ? Hein ? Cathy, c’est pour toi !
La cheffe de réception sortit du bureau et accouru au téléphone.
– Bien ! Oui, j’arrive.
Elle raccrocha et se réajusta.
– En avance, dis-donc, sourit-elle.
Elle retourna dans le bureau et en ressortit avec un dossier sous le bras. Puis, elle prit le même chemin que les trois autres.
– Réunion hebdomadaire… souffla Franck. Un truc bien chiant. Enfin, pas à la fin.
Pendant une dizaine de minutes, rien ne se passa puis, une porte claqua. Rachel et Elise étaient en grande discussion et se dirigeaient vers le restaurant.
Un gros bruit retentit comme si quelque chose était tombé au-dessus de la réception.
– C’est parti ! rigola Franck.
Puis, le son se reproduit de façon plus saccadée avec des cris. Dans un vacarme indécent, Cathy poussait de la voix et avait l’air de prendre son pied.
– José se fait plais’, commenta mon collègue. Le coquin !
– Jaloux ? le taquinais-je.
– Avec ce qu’elle a fait à la quarante-cinq, bien sûr. Pas toi ?
C’était difficile à l’avouer. Oui, j’en avais grandement envie. Derrière ses lunettes et ses airs de chef, c’était une salope de plus. Et surement un cul à défoncer…
Pendant cinq minutes, ce fut un concert de gémissements et de bruits de meubles qui cognaient. Et enfin, une vocalise haute et clair éclata.
José réapparut une minute plus tard et les deux sœurs revinrent au bureau. Dans un ballet bien organisé, Cathy revint à son poste. La mine rouge, le regard ailleurs, elle reprit sa place derrière le comptoir.
– Mesdames Fournier aimeraient te voir, Françoise, murmura-elle à la concierge.
– Pas le temps de me faire bouffer la chatte. Si elles veulent que leur hôtel fonctionne, il faut que les gens bossent.
Et pour appuyer ses dires, le téléphone sonna. Elle décrocha et cracha rapidement.
– Plus tard ! s’énerva-t-elle, en raccrochant violemment.
Cinq minutes s’écoulèrent avant que Rachel descendît les marches et se dirigea vers la réception. A ma vue, elle me salua discrètement et se pencha vers la concierge. A ma distance, il m’était impossible d’entendre. Au vu des caresses sur l’avant-bras de Françoise, ce n’était pas une discussion de travail.
– C’est vraiment un hôtel de dingue, me murmurais-je à moi-même.
– Clairement, rigola Franck sur le même ton.
– Ok, j’arrive dans cinq minutes, concéda la concierge, les joues légèrement rosies.
Madame Fournier quitta la réception et regagna le bureau. Juste avant de disparaitre, nos regards se croisèrent et elle me fit un clin d’œil. Je déviais du regard, confus et m’empourprais.
Françoise rangea ses dossiers et rejoignit le bureau quelques minutes plus tard. Et dans une danse parfaitement organisée, le bagagiste qui m’avait accueilli lors de l’entretien nous rejoignit. A ces côtés, un autre réceptionniste. Le début de quarantaine, cheveux bruns et court, il se tenait bien droit, le regard concentré. Il me vit, me salua de la tête et alla voir sa cheffe.
Mon collègue vint à nous, le sourire aux lèvres et le regard pétillant.
– Bonjour Messieurs ! Comment allez-vous ? Damien au fait.
Il me tendit la main. Je la pris et il me serra énergiquement.
– Bonjour Damien ! Diddier, avec deux D. Je suis ravi de faire ta connaissance.
– De même, de même. Alors, ce début de journée ?
Franck ricana et me regarda avec curiosité.
– Intéressant, je dirai, répondis-je.
– Ah…
– C’était très calme, ajouta Franck. A part, Cathy qui nous a fait une démonstration d’un nettoyage en règle de la quarante-cinq.
Damien sauta sur place et pouffa de rire.
– Oh la petite chanceuse. Elle était comment la petite chatte ? Poilus ? Imberbe ? Et les lèvres ? Charnus ? Fines ? Dites-moi-tout.
Franck ricana et détailla la petite altercation avec la cheffe de réception.
– Merde ! J’ai loupé un truc de fou…
– Damien est le lécheur du groupe, m’expliqua Franck. Il ne rate pas une occasion pour bouffer de la bonne chatte. Qu’importe qu’elle soit propre ou sale. Il se régale.
– Oh arrête ! Monsieur le Don Juan ! Le charmeur de ses femmes qui parle et fascine. Même pas le temps de dire « lèche », qu’il s’empale dans les demoiselles.
Franck était hilare et acquiesça.
– C’est vrai…
– Je l’avoue aussi qu’une bonne chatte bien baveuse, avec des lèvres bien goûtues, je suis faible. Ou même un petit trou de balle bien serré. Un coup de langue dans le minou et un doigt dans le cul, je te promets, la demoiselle voit la Sainte-Marie rapidement ! Et toi Diddier ? Quel est ton pécher mignon ?
Sourire gêné, je baissais la tête, cherchant quelque chose.
– Arrête d’embêter le nouveau ! me défendit Franck. Il est en couple donc il fait gaffe.
– Plus pour longtemps ! Vu les pépettes qui passent, tu ne vas pouvoir t’empêcher de vouloir fourrer ta queue n’importe où.
– Surement… avouais-je. C’est un hôtel particulier !
– Après si tu ne veux pas butiner, hein ! Tu nous le dis. Nous prendrons volontiers ta place.
– En manque ? demanda Franck.
– Hier, la journée fut très très calme. A part une pipe, je n’ai rien eu à me mettre sous la dent.
– C’est bien une remarque de lécheur.
Les deux se vannèrent pendant un bon quart d’heure. L’atmosphère était bon enfant malgré les sujets. Le sexe revenait encore et toujours et je pris un instant pour m’enfermer dans la bagagerie. En à peine quelques heures, j’avais plus vu qu’en quelques années découverte de ma sexualité. Je pris mon téléphone. Agathe me manquait. S’il avait été avec moi, je l’aurai baisé pour me soulager. Je levais la tête et vis ce petit encadré des règles de l’hôtel.
« Règle numéro 1 : Aucun enfant n’est accepté dans l’enceinte de l’établissement, inclus le restaurant
Règle numéro 2 : Il est formellement interdit de faire de la publicité de l’hôtel que ce soit oralement ou via les réseaux sociaux.
Règle numéro… »
– Diddier, c’est l’heure de déjeuner ! Tu me suis ?
– Oui, bien sûr !
Je le suivis et nous refîmes marche arrière. Devant l’ascenseur principale, il y avait une sorte de fontaine qui distribuait…
– Des capotes, oui ! Pour les clients ! Il ne faut pas oublier de recharger quand tu vois que ça manque.
– Wouah, un distributeur de capotes. Ça doit couter bonbons !
– Pas plus que ça… José a des prix avec la commerçante qui nous les vend.
Sans plus de détails, il reprit le couloir pour nous amener devant la porte de services.
– Quand tu bosses le matin, la pause déjeuner est à 11h30. Quand tu es du milieu, c’est 12h30 et quand tu es du soir, c’est 18h.
– Ah ouai, c’est chaud pour le milieu.
– C’est vrai. Après tu peux t’arranger avec ton binôme pour te prendre une pause. Nous ne sommes pas des bourreaux du travail… sauf pour le cul.
Il rigola tout en descendant les escaliers.
– La pause dure une heure. N’oublie pas de filer le téléphone pro quand tu pars aux risques que la réception t’appelle.
Je notais tout mentalement et secoua de la tête. Au premier sous-sol, il tourna à droite et nous nous retrouvâmes à nouveau dans la cuisine. C’était bien plus calme que le matin. Le chef se trouvait devant une tartelette à la framboise et expliquait à une demoiselle, juste à côté. Un calepin à la main, elle prenait des notes et acquiesçait toutes les dix secondes.
– ça bosse? demanda Franck.
– Oui ! Pas comme vous !
– Monsieur le chef Frédéric serait-il jaloux ?
– Surement, répondit la jeune femme. Il n’arrête pas de parler de vous !
– Il faudrait l’aider alors, Francesca. De temps en temps, entre deux services.
– Elle est en stage et mineure, Franck ! s’impatienta le chef cuisinier.
– Ah bon ? Tu as quel âge.
– Dix sept !
– Mon pauvre ! Avec ses belles courbures et sa généreuse poitrine, ça doit être difficile pour toi de résister. Un petit coup vite fait, ça passerait bien.
Francesca rigola pendant que Frédéric rougit. A l’instant où mon collègue avait commencé à parler, elle m’avait déshabillée du regard, à la limite du viol. Ses yeux bleus intenses m’avaient déstabilisés et je ne savais plus où me mettre. Elle avait plus de formes que d’autres femmes et elle était tout de même désirable.
– Tiens une nouvelle tête ! ça fait plaisir ! Et qui est ton collègue ? demanda-t-elle en se penchant en avant sur l’ilot, son tablier comprimant sa large poitrine.
– Arrête de draguer tout ce qui se bouge, s’énerva le chef. Et je te rappelle que ça ne fait que deux mois que tu es là.
– Vous devriez écouter Franck des fois, chef ! Il est de bons conseils.
– On verra quand tu en auras dix-huit.
– Je sais vers qui me tourner alors.
Elle me brula avec son regard indécent. Je tins bon et elle détourna des yeux.
– Diddier vient d’arriver aujourd’hui. Il vient renforcer l’équipe qui en avait bien besoin.
– Ouai, ouai ! répondit le cuisinier.
Franck me prit par les épaules et me fit tourner à droite. Sur un long plan de travail se trouvait deux bacs en inox avec de la nourriture. D’un côté une salade, de l’autre un plat chaud.
– Ici, c’est le repas fournis par l’hôtel. Ce n’est pas la meilleure des bouffes mais bon, ça se mange.
– J’ai entendu ! s’écria Frédéric de l’autre côté de la cuisine.
– Juste derrière, tu as les desserts. Des fois, on a de la chance, il y a des gâteaux qui restent du restaurant. Sinon… fruits ou yahourt.
Juste au-dessus des bacs, une étagère avec une pile d’assiette et un bac à couverts. Franck se servit et j’en fis de même. Il prit une ouverture juste à droite et nous longeâmes la plonge et nous atterrissages dans le couloir principal du sous-sol. Il tourna à gauche et nous retrouvâmes devant le bureau de la direction et juste à côté, le réfectoire.
A l’intérieur, c’était très animé. De nombreuses femmes de chambres discutèrent entre elles et me jetèrent des regards quand je passais devant elle. A peine installé, à l’écart que Franck commença à manger et à murmurer.
– Méfie-toi de la petite Francesca. C’est une cochonne de première… la dernière fois, elle s’est doigtée devant moi pour que je la prenne. Elle ferait tout pour baiser. Mais bon, elle est mineure.
Je touillais la nourriture dans mon assiette, cherchant à découvrir ce que c’était.
– Bon, tu as compris : ici, ça baise. Beaucoup. Par contre, il faut tenir à carreaux et suivre quelques petites règles. Certaines sont écrites, comme dans la bagagerie et d’autres sont plus ou moins dites.
– J’ai commencé à lire celles la bagagerie…
– Ouai, les basiques. Tu ne baises pas dans les parties publiques, genre la réception ou le hall. Même baisser ton froc et sortir ta queue, Diddier. Par contre, à l’étage, c’est quand tu veux…
– D’accord.
Je prenais notes mentalement de ce nouveau monde bien loin des standards.
– Si un client ou cliente veut quelque chose. Tu obéis !
– Et si ça enfreint la règle des parties publiques ?
Franck hésita un instant tout en mastiquant.
– Bonne question, tiens ! Normalement, on fait en sorte de trouver un petit coin sympa… après, le plaisir du client avant tout. Je dirais que tu peux l’enfreindre. Mais je ne suis pas sur…
J’acquiesçais et laissais mon collègue réfléchir.
– Ah oui ! ricana-t-il. Important mais tu t’en rendras vite compte. Les patrons ont toujours raisons même quand ils ont torts. N’essayent même pas de discuter sinon, tu risques de passer un sale quart d’heure.
– Ouai, comme d’hab.
– C’est clair ! ça va toi ?
– Oui, oui. Un peu peur.
– De ?
– D’aimer bosser, ricanais-je.
Il me sourit à son tour et finit son assiette en silence. Aux autres tablées, les conversations allaient bon train et une certaine énergie s’élevait. Certains regards allaient et venaient dans notre direction. Franck souffla et me confia.
– Jolies, n’est-ce pas ? N’espère pas obtenir quelque chose d’elles. La gouvernante les a formellement interdits de fricoter avec nous.
– Vraiment ?
– Vraiment, ne put-il s’empêcher de dire avec un petit sourire au coin. Après, à toi de voir si tu te fais prendre… ou pas.
– C’est comme un jeu ?
– Voilà ! Un jeu cruel pour elles. A trente ans, elles sont gentiment remerciées.
– Mais non… soufflais-je.
– Si ça se savait à l’extérieur, on serait dans la merde. Mais bon, on ne peut pas avoir un standing sans règles.
– Et chez les bagagistes ?
– Si tu te maintiens en forme et que tu ne fais pas papy, tout va bien. Je te conseille de te mettre au sport et d’avoir une bonne hygiène de vie si tu veux continuer ici.
Je secouais de la tête. Le monde du sexe s’ouvrait à moi, avec ses qualités et ses défauts.
– ça et mêler sa vie perso, comment fais-tu ?
– Honnêtement, je me le demande encore. Je suis marié avec deux enfants et je m’en sors !
– Et ta femme ? Elle ne se doute de rien ?
– Elle est courant. Au début, je ne disais rien. Je rentrais pépère à la maison. Mais bon, queutard que j’étais, elle n’a pas compris le changement. Du jour au lendemain, je ne réclamais plus rien. Et là, un jour où elle s’est trouvée à quatre pattes et a réclamé ma queue. Ma bite était aussi molle qu’une nouille. Je m’en rappelle de la suite…une horreur. Elle croyait que je la trompais.
– Elle n’a pas vraiment tort…
– Oui, si on veut. Une actrice porno en couple trompe-t-elle son mec quand elle va bosser ?
– Pas faux. Et donc, comment a-t-elle réagit quand tu lui as dit ?
– Tu te doutes bien qu’elle l’a mal pris. Elle s’est barrée. Pendant six long mois… ce fut l’une des pires périodes de ma vie. Heureusement, le taf était là et je suis devenu bagagiste en chef.
– Tant mieux alors ? Elle est revenue alors ?
– Elle était enceinte…du mien. On a longuement discuté ensuite. Puis, on a trouvé un terrain d’entente. Et ça fonctionne bien, maintenant.
– Ah super !
– Oui, bon, j’y ai laissé des plumes.
– Ah… j’ai peur avec ma copine de…
– Diddier, tu as quelque âge ? Vingt cinq ?
– Vingt-deux !
Il finit sa dernière bouchée et décala son plateau. Il me prit la main et me rassura.
– Tu as toute la vie pour aimer. Ne te prends pas la tête et baise. Si ça se finit et bien, trouve-toi une autre.
J’haussais des épaules et regarda mon téléphone. Aucun message d’Agathe.
– On en reparle dans un mois, Diddier. Tu auras complétement changé, tu verras.
– Comment ça ?
Franck ouvrit la bouche mais un grand gaillard, cheveux très courts et en tenue de serveur, s’installa à côté de moi. Sa manière de faire et sa démarche, j’avais l’impression de me retrouver face à un militaire.
– Alors, la quarante-cinq ? coupa-t-il court. Tu te l’es faite ? Tous les matins, j’ai essayé et rien !
– Ah Van De Putte a ses petits chouchous. Elle m’a pompé juste avant de partir. Eric, je te présente Diddier. C’est le nouveau bagagiste.
– Bienvenue, me dit-il en piochant dans son assiette. Un autre queutard de plus. Si tu as des bons tuyaux, n’hésite pas. Surtout des petits modèles ! ça passe crème quand tu les lèves.
Il me montra son bras et comprima son biceps. Content de lui, il continua de déjeuner. Avant chaque coup de fourchette, il la regardait comme si… c’était une chatte. Puis, il bouffait avec un grand coup de langue.
– Petit modèle ? demandais-je.
– Le genre nana que tu peux bien porter pour bien les retourner. Tellement le trou de la chatte est minuscule que ça comprime le bout du gland. Mieux que le trou de balle, des fois.
– Eric Talant, serveur au restaurant. S’il a l’opportunité, il baise. Qu’importe !
– Quand il y a un trou, il y a ma bite ! éructa-t-il de rire.
Un silence se fit puis, le brouhaha reprit.
– C’est toujours le même qui fout le bordel ! s’énerva une femme de chambre juste derrière nous. On mange et on aimerait le faire tranquillement !
– Besoin d’un petit remède Sonia ? J’ai du sirop en rab, si tu veux.
– Merci mais non merci. Le client de la vingt-quatre a su mieux faire que toi.
La tablée de Sonia poussa un « Ouh » devant la remise en place de celle.
– Pas assez, vu ton insolence !
– Quitte à choisir, je prends Franck ! Au moins lui, il bande tout le temps.
A nouveau un « ouh » s’éleva. Eric finit son assiette et quitta le réfectoire sans rien dire.
– Oh le petit chou est vexé, rigola Sonia.
– On se retrouve aux vestiaires, alors ? lui demanda Franck.
– Avec grand plaisir ! répondit-elle avec un sourire. Je ne dirais pas non !
– Mais je croyais… commençais-je.
– Il ne faut juste pas se faire prendre Diddier. On se retrouve en haut à 12h30. C’est bon pour toi ?
Il n’attendit pas la réponse et prit son plateau. Il s’éclipsa avec Sonia, me laissant seul. Il me restait une bonne demi-heure avant de remonter. J’appelais Agathe pour lui raconter ma matinée. Mais elle ne répondait pas. C’était étrange.
A midi trente, je retrouvais Damien devant la grande porte de l’hôtel. Il me fit un rapide résumé de l’heure et partit manger sans oublier de me remettre le téléphone pro.
Franck arriva une dizaine de minutes plus tard, le sourire aux lèvres, le pas léger. Il ouvrit la porte de l’entrée et me fit signe de le suivre.
– Quoi de neuf ? me demanda-t-il, l’air de rien.
– Rien de sensationnel. Et toi ?
– Un très bon moment… n’hésite pas à aller la voir en matinée. Sonia est très, très gourmande et surtout discrète.
Il sifflota et se balada dans la rue.
Peu avant quatorze heures, le dernier bagagiste arriva. Une mallette à la main, les cheveux en pétard et un bon embonpoint, il nous fit signe de la main avant de s’enfermer dans la bagagerie. Il revint cinq minutes plus tard, avec un léger sourire.
– Bonjour messieurs ! commença-t-il. Didier, c’est ça ?
– Oui, avec deux D. Et tu…
– Le fleuron de notre équipe ! L’analniqueur de ses demoiselle, Christian ! s’écria Franck.
Christian devint tout rouge et sortit du hall pour rejoindre la rue.
– Tu peux arrêter avec tes surnoms débiles ? Je ne t’appelle pas le Don Juan, si ?
– Oh, tu fais genre ? Rappelle-moi tous les culs que tu as bouffés ? Défoncés ? Dès que tu en as un à porter de langue, tu y mets ta langue ou ta bite. Un vrai spécialiste du petit trou.
Christian baissa la tête avec un rictus.
– Bon ok… J’adore l’anus et tout le monde le sait.
– Une bonne sodomie, ça fait du bien de temps en temps ! N’est-ce pas Diddier ?
J’hésitais à avouer ma virginité de ce petit trou. Devant ses experts du sexe, je ne voulais pas paraitre un bleu.
– Après, c’est mieux une chatte… bien baveuse, coupa Damien. Le pied. J’ai envie, maintenant.
– Toujours à parler cul ! s’énerva Cathy derrière nous.
– C’est de la faute de Christian et de son pécher mignon ! expliqua Franck.
– Bien et vous bossez ?
– Quand tu veux avec toi ! répondit le chef bagagiste.
– Arrête de faire le clown. Christian, une demande express de la future chambre dix. Viens m’aider, s’il te plait.
– Oui, cheffe !
La réceptionniste rentra, roulant du cul. J’avais échappé belle à la découverte avec ma boss.
– ça sent le fion à plein nez ! ricana Christian avant de la suivre.
Une vingtaine de minutes plus tard, Christian revint, le sourire aux lèvres.
– C’était bon ? demanda Damien
Il se retourna et la cheffe redescendit légèrement boitillante. Elle passa à côté de nous sans un regard.
– Elle ne voulait pas de lub’. Alors je lui ai déchiré un peu la rondelle.
Elle parla aux réceptionnistes comme si de rien n’était. Elle était insatiable.
**
Peu avant dix-huit heures, je me retrouvais à me changer pour reprendre ma vie. Comme si une puissance cosmique m’avait entendu, il n’y eut aucune demande farfelue, de pipe ou de baises. Que des clients lambdas à apporter les valises.
Je rentrais en métro légèrement… déçu. Avec toutes les discussions de la journée, je m’étais attendu à quelque chose de plus… bestiale. Mais étonnement, non.
Après une bonne douche et la préparation du repas, j’étais complétement lessivé. A peine le pas de la porte passé, qu’Agathe me sauta dans les bras. Je l’embrassais et retourna sur le canapé, la télécommande à la main.
– Tout va bien mon cœur ?
– Lessivé… et puis, je voulais te parler aujourd’hui. Tu m’as manqué !
– Oh, c’est trop mignon ! Toi aussi mon cœur ! Je suis désolé, je n’ai vraiment pas eu le temps aujourd’hui de t’écrire.
Je humais et elle me prit la télécommande de la main. Elle éteignit la télécommande et m’embrassa avec fougue.
– Par contre, tu vas y avoir le droit !
– Ah ?
– Mon trou du cul, béta. Chose promise, chose due !
Avec toute cette journée, j’avais complétement oublié ce petit « encas » anal. Elle se leva, se déhancha tout en déshabillant.
– J’espère que tu vas me faire mal, susurra-t-elle.
Elle se mit à genoux entre mes cuisses, retira le short et vit… rien. Je ne bandais pas.